L’envie de lire ne naît pas spontanément. Elle se construit progressivement et se développe lorsqu’elle est nourrie par des livres de jeunesse de qualité. Avant de devenir un lecteur autonome et passionné, chaque enfant a besoin de vivre des expériences de lecture qui éveillent sa curiosité et lui donnent le goût de revenir aux livres.
Pourquoi les premières lectures sont-elles décisives ?
Aujourd’hui, en Guinée, de nombreux lycéens éprouvent des difficultés à lire un roman. Au-delà des compétences langagières parfois insuffisantes – vocabulaire limité, difficultés de compréhension ou manque d’aisance dans la lecture –, on constate souvent une absence d’intérêt pour les livres. Pourtant, le plaisir de lire ne s’improvise pas à l’adolescence. Il se construit dès les premières années de la vie scolaire, voire avant.
On ne devient pas lecteur en commençant directement par un roman. Il existe un long cheminement qui mène à la lecture autonome et au plaisir de lire. Les premières lectures constituent ainsi une étape essentielle de ce parcours. Elles permettent à l’enfant de découvrir que la lecture n’est pas seulement un exercice scolaire, mais aussi une source de connaissances et d’épanouissement personnel.
La première rencontre avec un livre est souvent déterminante. Le premier ouvrage qu’un enfant découvre peut influencer durablement son rapport à la lecture. C’est pourquoi les livres de jeunesse jouent un rôle fondamental dans l’apprentissage, l’éveil et la formation intellectuelle des jeunes lecteurs.
Au moment où les enfants apprennent à lire, ils ont besoin d’une littérature riche et variée. Mais surtout, ils ont besoin de textes qui parlent de leurs préoccupations, de leur environnement et de leurs rêves.
Qu’est-ce qu’un bon livre de jeunesse ? C’est avant tout un livre dans lequel l’enfant peut se reconnaître. Il y retrouve des personnages, des situations ou des questionnements qui lui sont familiers. Un bon livre interpelle, séduit, fait réfléchir et transporte le lecteur. Il suscite des émotions et ouvre la porte à la réflexion sans imposer de réponses toutes faites.
Le rôle de l'école primaire. L’école primaire joue un rôle majeur dans cette découverte de la lecture.
Le manuel scolaire, à lui seul, ne suffit pas à développer le goût de lire. Les enfants ont besoin d’être exposés à une grande diversité de textes afin d’enrichir leur vocabulaire et d’améliorer leur compréhension. Plus les occasions de lire sont nombreuses et variées, plus les chances de former des lecteurs durables augmentent.
C’est dans cette perspective que les maisons d’édition spécialisées dans la littérature de jeunesse occupent une place essentielle. En Guinée, les Éditions Ganndal se sont imposées comme une référence dans ce domaine grâce à la publication d’albums, de contes et de premiers romans adaptés aux jeunes lecteurs et à leur réalité culturelle.
Le pouvoir transformateur de la lecture. À titre personnel, je suis à la fois directrice d’école et écrivaine. Convaincue du pouvoir transformateur de la lecture et de la littérature, j’ai intégré les livres de jeunesse dans le programme d’enseignement de l’établissement que je dirige, à tous les niveaux. Cette expérience m’a permis de constater l’intérêt des élèves pour les livres lorsqu’ils leur sont accessibles et adaptés. Elle m’a également fait prendre conscience du besoin croissant de premiers romans destinés aux jeunes lecteurs.
C’est cette réflexion qui m’a conduite à écrire L’école, à quoi bon ? (éditions Ganndal, col. La case à palabre). À travers l’histoire d’Amadou, je souhaitais inviter les élèves à s’interroger sur la transmission des savoirs, sur le rôle des anciens et sur les différentes formes d’apprentissage. L’école transmet des connaissances essentielles, mais la vie, la famille et la communauté sont également des espaces d’apprentissage précieux.
Les rencontres qu’Amadou fait au cours de son parcours lui permettent de découvrir des points de vue différents sur une même réalité. J’ai voulu montrer que les questions importantes ne trouvent pas toujours des réponses simples. Dans la vie, les opinions peuvent être divergentes tout en étant complémentaires. Comprendre cette complexité est une forme de sagesse que la littérature aide à développer.
Conclusion. C’est là toute la force des premières lectures. Elles ne se contentent pas d’apprendre à lire : elles apprennent à penser, à questionner et à comprendre les autres. Un excellent livre de jeunesse ne donne pas toutes les réponses ; il invite le lecteur à se poser des questions et lui laisse la liberté de construire ses propres réflexions.
Former des lecteurs commence donc par offrir aux enfants des livres qui leur parlent, les touchent et les accompagnent dans leur découverte du monde. Car les premières lectures sont bien plus qu'une étape scolaire : elles constituent le socle sur lequel se construit toute une vie de lecteur.


