Historique de l'AALJ

l'AALJ a été fondée en 2007 par de  futurs auteurs (ils n'étaient pas encore édités) à l'issue d'un atelier d'écriture e...

31 août 2026

La pluie tombe, la rentrée approche : et si on en profitait pour parler de livres ? / N'Falamini KABA

 

Il y a quelque chose d'étrange dans notre rapport aux livres pour enfants en Guinée : on y pense surtout en septembre, dans la bousculade des derniers achats de rentrée, coincés entre les cahiers, les stylos et les frais de scolarité. Et pourtant, le meilleur moment pour y penser est déjà là, sous nos yeux, en train de tomber sur les toits en tôle de Conakry, de Kindia, de Boké, de Mamou, de Labé, de Kankan, de Faranah, de Siguiri, de Beyla ou de N’Zérékoé. C'est maintenant, pendant la saison des pluies, qu'il faut reparler des livres pour enfants.

Un temps mort qui n'a rien d'un temps perdu

Quiconque a un enfant en Guinée le sait : quand il pleut, tout s'arrête. Les rues se vident, les jeux dehors deviennent impossibles, et les enfants se retrouvent à la maison avec, souvent, pour seule distraction, la télévision ou le téléphone d'un parent. Ce sont des heures qui, additionnées sur toute la saison, représentent un temps considérable. La question mérite d'être posée simplement : que faisons-nous de ces heures-là ?

Un livre posé sur la table basse, à portée de main, peut changer la nature de cette attente. Non pas comme une corvée supplémentaire imposée à l'enfant, mais comme une compagnie pour les après-midis gris. Un enfant qui prend l'habitude d'ouvrir un livre pendant l'orage de juillet est un enfant qui, en octobre, retournera à l'école avec un rapport différent à la lecture — plus naturel, moins associé à l'obligation scolaire.

La rentrée se prépare aussi dans la tête

On prépare la rentrée scolaire avec des listes de fournitures, et c'est nécessaire. Mais l'école ne demande pas seulement un cahier neuf et un uniforme repassé : elle demande un enfant capable de se concentrer, de comprendre un texte, d'avoir envie d'apprendre. Rien ne prépare mieux à cela qu'un enfant qui a déjà, avant la rentrée, pris du plaisir à tourner les pages d'une histoire.

C'est là tout l'intérêt d'introduire le livre de jeunesse pendant la saison des pluies plutôt qu'à la veille de la rentrée. Un livre offert en juillet ou en août a le temps de devenir familier, presque un objet à soi, avant que l'école ne le transforme en outil de travail. L'enfant l'aura choisi, feuilleté, peut-être relu plusieurs fois — et il arrivera en classe avec une longueur d'avance que ni le cahier neuf ni le sac à dos ne peuvent donner : le goût de lire.

Des initiatives qui montrent la voie

Il existe déjà, en Guinée, des exemples qui prouvent que ce pari est possible. À Labé, le programme Lecture Éveil travaille précisément sur cette idée : donner aux enfants le goût de la lecture et de la créativité, en dehors du cadre strictement scolaire. Ce genre d'initiative rappelle une chose simple — il ne s'agit pas d'attendre que l'État ou l'école règle la question du livre pour enfants. Des familles, des bibliothèques de quartier, des associations peuvent, dès aujourd'hui, faire de la saison des pluies une saison de lecture.


Que faire, concrètement, pendant qu'il pleut ?

Quelques pistes simples, à la portée de la plupart des familles :

Créer un coin lecture, même modeste — une natte, un coussin, une lampe — près de la fenêtre par laquelle on regarde tomber la pluie.

Privilégier des livres adaptés à l'âge de l'enfant : imagiers et contes courts pour les plus petits, romans courts et bandes dessinées pour les plus grands.

Lire à voix haute, surtout pour les enfants qui ne savent pas encore lire seuls — c'est souvent le moment le plus attendu de la journée pour un enfant.

Profiter des marchés du livre d'occasion et des librairies par terre, des dons entre familles, une solution accessible même avec un petit budget. Pensez aux bibliothèques, celle du CCFG (pont du 8 novembre) et à l’intérieur du pays, que vous soyez à Nzérékoré, Guékédou, Labé, Faranah, Boké, Kamsar, Mamou, Timbi Madina, Kindia, Mali, découvrez les bibliothèques et leurs trésors.

Associer la lecture à un moment fixe, par exemple juste après la pluie ou avant le repas du soir, pour en faire une habitude plutôt qu'une exception.

Un pari sur l'avenir, posé dès maintenant

La rentrée scolaire ne se joue pas seulement le jour de la rentrée. Elle se joue un peu, chaque jour, dans les semaines qui la précèdent — et la saison des pluies, avec ses heures forcées à la maison, offre justement ce temps rare et précieux. Plutôt que de la subir comme une contrainte climatique, autant en faire une alliée : celle qui aura donné à un enfant, avant même de reprendre le chemin de l'école, l'envie d'ouvrir un livre. 

06 août 2026

Maths, sciences, histoire… Et si tout se jouait dans les livres ?/ Saran DIABY

 

La lecture : cette compétence invisible

qui fait réussir dans toutes les matières

« Mon enfant est faible en mathématiques. »

« Il a du mal avec les sciences. »

« Il ne comprend pas les consignes de ses devoirs. »

Lorsqu’un enfant rencontre des difficultés à l’école, notre premier réflexe de parent est de penser qu’il manque de connaissances dans une matière précise. Nous cherchons des cours de soutien en calcul ou des exercices de sciences supplémentaires. Pourtant, la racine du problème cache souvent une autre réalité : l'enfant ne comprend pas tout à fait ce qu’il lit.

Lire, ce n'est pas simplement aligner des lettres ou prononcer des mots de manière fluide. Lire, c'est décoder une consigne, analyser un problème, retenir une information et être capable de la réutiliser. C’est pourquoi la lecture n’est pas une simple discipline : c'est la clé de voûte de toute la réussite scolaire… et de la vie.

Cette réalité pédagogique résonne profondément avec ma propre démarche d'écriture. Quand j’ai écrit mon livre « LA SAUCE KONKOE' », mon but premier était de sauvegarder notre précieux patrimoine culinaire. Mais en le partageant avec les enfants, j’ai réalisé une chose merveilleuse : un livre qui parle de nos réalités locales comme la préparation d’un plat traditionnel ou un conte de chez nous est le meilleur outil pour développer cette compréhension textuelle.

Pour réussir un plat, il faut savoir lire une recette, comprendre l'ordre des étapes, mesurer les ingrédients et anticiper le résultat. C'est exactement la même logique qu'un problème de mathématiques ou qu'une expérience scientifique en classe ! En proposant aux enfants des livres qui font écho à leur quotidien, à nos marchés et à nos cuisines, nous rendons l'acte de lire vivant. Et c’est en comprenant ce qui leur est familier qu’ils apprennent à décoder la complexité de toutes les autres matières.

La lecture s’invite dans toutes les classes

On associe trop souvent la lecture au seul cours de français. Pourtant, examinez d'un peu plus près la journée d’école de votre enfant :

  • En mathématiques : avant de poser une addition ou une soustraction, il doit lire et analyser l'énoncé d'un problème.

  • En sciences : il lui faut décortiquer le protocole d'une expérience et observer des documents pour répondre à des questions.

  • En histoire et géographie : il doit naviguer à travers des textes, des cartes et des chronologies complexes.

  • En éducation civique : il lit des règles, interprète des situations et analyse des exemples de la vie en société.


Prenons un exemple concret : « Aminata a 24 mangues. Elle en donne 9 à sa cousine et en vend 5 au marché. Combien lui en reste-t-il ? » Si un enfant lit trop vite ou ne maîtrise pas le sens exact des verbes
donner et vendre, il fera un mauvais calcul, même s'il connaît ses tables de soustraction sur le bout des doigts. Le blocage n'est pas mathématique, il est linguistique.

Les super-pouvoirs de la lecture régulière

Chaque page tournée est un entraînement intensif pour le cerveau de nos enfants. Lire régulièrement développe trois piliers essentiels à l'autonomie scolaire :

  1. L'enrichissement naturel du vocabulaire : Plus le bagage de mots d'un enfant est large, plus il comprend facilement les explications de ses enseignants et les textes des examens. La lecture permet d'assimiler ce lexique en contexte, sans l'effort rébarbatif du par cœur.

  2. Le muscle de la concentration : Suivre le fil d'une intrigue, retenir les actions des personnages et lier les événements entre eux demande de l'attention. Cette endurance intellectuelle se transpose directement lorsque l'enfant doit rester concentré devant une évaluation exigeante.

  3. L'éveil de l'esprit critique : Les histoires poussent l'enfant à s'interroger (Pourquoi a-t-il agi ainsi ? Qu'aurais-je fait à sa place ?). En cherchant des réponses, il aiguise son raisonnement et sa capacité à résoudre des problèmes complexes.

S'adapter à la réalité de nos foyers guinéens

Nous le savons, toutes les familles en Guinée n'ont pas la chance d'avoir une bibliothèque remplie à la maison. Mais cela ne doit en aucun cas être un frein. L'essentiel n'est pas la quantité de livres, mais la manière dont on fait vivre l'écrit au quotidien :

  • Un même livre peut être relu plusieurs fois : chaque nouvelle lecture permet à l'enfant de prêter attention à un détail ou à un mot qu'il n'avait pas compris la première fois.

  • Tout support est une opportunité : un prospectus, une affiche dans la rue, un article de journal ou même la recette textuelle de la sauce Konkoé écrite sur un carnet peuvent devenir de formidables exercices de lecture.

  • Le retour aux sources : Un conte raconté de mémoire par un grand-parent reste une mine d'or pour enrichir le vocabulaire et affiner l'écoute de l'enfant.

Conseil :

À la fin de la journée, lorsque votre enfant referme son cahier ou son livre, changeons nos habitudes. Évitons la question fermée : « As-tu fini de lire ? »

Préférons des questions ouvertes et bienveillantes qui forcent la réflexion :

  • « Raconte-moi avec tes propres mots ce qui s'est passé dans cette histoire. »

  • « Quel mot as-tu découvert aujourd'hui et qu'est-ce qu'il signifie ? »

  • « Qu'est-ce qui t'a le plus marqué ou surpris ? »

En agissant ainsi, vous transmettez à votre enfant un message capital : l'important n'est pas de lire vite, mais de lire en comprenant. En lui donnant le goût de comprendre les mots, vous ne l'aidez pas seulement à progresser en français, vous lui offrez les clés pour réussir et s'épanouir dans toutes les matières, tout au long de sa vie.