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31 août 2026

La pluie tombe, la rentrée approche : et si on en profitait pour parler de livres ? / N'Falamini KABA

 

Il y a quelque chose d'étrange dans notre rapport aux livres pour enfants en Guinée : on y pense surtout en septembre, dans la bousculade des derniers achats de rentrée, coincés entre les cahiers, les stylos et les frais de scolarité. Et pourtant, le meilleur moment pour y penser est déjà là, sous nos yeux, en train de tomber sur les toits en tôle de Conakry, de Kindia, de Boké, de Mamou, de Labé, de Kankan, de Faranah, de Siguiri, de Beyla ou de N’Zérékoé. C'est maintenant, pendant la saison des pluies, qu'il faut reparler des livres pour enfants.

Un temps mort qui n'a rien d'un temps perdu

Quiconque a un enfant en Guinée le sait : quand il pleut, tout s'arrête. Les rues se vident, les jeux dehors deviennent impossibles, et les enfants se retrouvent à la maison avec, souvent, pour seule distraction, la télévision ou le téléphone d'un parent. Ce sont des heures qui, additionnées sur toute la saison, représentent un temps considérable. La question mérite d'être posée simplement : que faisons-nous de ces heures-là ?

Un livre posé sur la table basse, à portée de main, peut changer la nature de cette attente. Non pas comme une corvée supplémentaire imposée à l'enfant, mais comme une compagnie pour les après-midis gris. Un enfant qui prend l'habitude d'ouvrir un livre pendant l'orage de juillet est un enfant qui, en octobre, retournera à l'école avec un rapport différent à la lecture — plus naturel, moins associé à l'obligation scolaire.

La rentrée se prépare aussi dans la tête

On prépare la rentrée scolaire avec des listes de fournitures, et c'est nécessaire. Mais l'école ne demande pas seulement un cahier neuf et un uniforme repassé : elle demande un enfant capable de se concentrer, de comprendre un texte, d'avoir envie d'apprendre. Rien ne prépare mieux à cela qu'un enfant qui a déjà, avant la rentrée, pris du plaisir à tourner les pages d'une histoire.

C'est là tout l'intérêt d'introduire le livre de jeunesse pendant la saison des pluies plutôt qu'à la veille de la rentrée. Un livre offert en juillet ou en août a le temps de devenir familier, presque un objet à soi, avant que l'école ne le transforme en outil de travail. L'enfant l'aura choisi, feuilleté, peut-être relu plusieurs fois — et il arrivera en classe avec une longueur d'avance que ni le cahier neuf ni le sac à dos ne peuvent donner : le goût de lire.

Des initiatives qui montrent la voie

Il existe déjà, en Guinée, des exemples qui prouvent que ce pari est possible. À Labé, le programme Lecture Éveil travaille précisément sur cette idée : donner aux enfants le goût de la lecture et de la créativité, en dehors du cadre strictement scolaire. Ce genre d'initiative rappelle une chose simple — il ne s'agit pas d'attendre que l'État ou l'école règle la question du livre pour enfants. Des familles, des bibliothèques de quartier, des associations peuvent, dès aujourd'hui, faire de la saison des pluies une saison de lecture.


Que faire, concrètement, pendant qu'il pleut ?

Quelques pistes simples, à la portée de la plupart des familles :

Créer un coin lecture, même modeste — une natte, un coussin, une lampe — près de la fenêtre par laquelle on regarde tomber la pluie.

Privilégier des livres adaptés à l'âge de l'enfant : imagiers et contes courts pour les plus petits, romans courts et bandes dessinées pour les plus grands.

Lire à voix haute, surtout pour les enfants qui ne savent pas encore lire seuls — c'est souvent le moment le plus attendu de la journée pour un enfant.

Profiter des marchés du livre d'occasion et des librairies par terre, des dons entre familles, une solution accessible même avec un petit budget. Pensez aux bibliothèques, celle du CCFG (pont du 8 novembre) et à l’intérieur du pays, que vous soyez à Nzérékoré, Guékédou, Labé, Faranah, Boké, Kamsar, Mamou, Timbi Madina, Kindia, Mali, découvrez les bibliothèques et leurs trésors.

Associer la lecture à un moment fixe, par exemple juste après la pluie ou avant le repas du soir, pour en faire une habitude plutôt qu'une exception.

Un pari sur l'avenir, posé dès maintenant

La rentrée scolaire ne se joue pas seulement le jour de la rentrée. Elle se joue un peu, chaque jour, dans les semaines qui la précèdent — et la saison des pluies, avec ses heures forcées à la maison, offre justement ce temps rare et précieux. Plutôt que de la subir comme une contrainte climatique, autant en faire une alliée : celle qui aura donné à un enfant, avant même de reprendre le chemin de l'école, l'envie d'ouvrir un livre. 

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